Approche de l’Anthropologie marxiste

Posté le 16 juillet 2017 par Fatiha Aarour dans Non classé

  • Par Fatiha Aarour

 

Introduction :

L’anthropologie marxiste est un courant de pensée qui se focalise sur l’approche des formes économiques de la vie sociale et leurs transformations. Ce mouvement, dont les pères fondateurs sont Claude Meillassoux et Maurice Godelier, est né dans les années cinquante et a connu une forte présence entre les années 1960 et 70. A la différence des autres courants de l’anthropologie et l’ethnologie, il s’intéresse aux modes de productions, à l’esclavage, au traitement des femmes et à la reproduction des rapports de production. Aussi, son adoption du matérialisme historique comme méthode d’approche demeure sa marque de fabrique.

La focalisation des anciennes écoles de l’anthropologie et l’ethnologie était jusqu’alors le vécu des sociétés primitives et des peuples indigènes. Quant au courant marxiste, il va s’intéresser à l’étude et l’analyse du monde contemporain avec ses transformations, notamment le déroulement du processus de décolonisation, tout en essayant de trouver des  réponses adéquates aux questions non abordées jusqu’alors.

Il est à souligner que les auteurs et les anthropologues marxistes ont adopté les théories et les concepts marxistes tels qu’ils sont formulés dans les ouvrages et les écrits de Karl Marx et Friedrich Engels. On peut notamment citer Le Manifeste du Parti Communiste (1848 );  L’idéologie Allemande  rédigé entre 1845 et 1846 et publié en 1932 ;  Travail Salarié et capital  (1849),  La Guerre des Paysans allemands (1850) ; Critique de l’Economie politique  (1859);  Le Capital  (1867) ; L’Origine de la Famille, de la propriété privée et de l’Etat (1884).

L’entreprise de Karl Marx présente une explication matérielle de l’histoire en soulignant que les éléments déterminants dans le processus du changement d’une société, ce sont la production, la reproduction et les rapports de production selon la loi de la dialectique et l’évolution de l’histoire et du changement. Ces éléments résultent des contradictions et des luttes de classes sociales. Ceci dit, l’histoire de l’humanité avait été une histoire de l’exploitation de l’humain par l’humain.

Néanmoins, les penseurs et les auteurs successeurs vont développer, de leur part, de nouveaux concepts suite à des travaux empiriques réalisés dans plusieurs pays colonisés, notamment au continent africain, tout en restant fidèle aux principes de l’école marxiste telle qu’elle a été fondée par Marx et son ami Engels.

Ce travail propose une première présentation de la littérature anthropologique marxiste, et essaye, à partir des textes de cinq auteurs, de présenter les fondements méthodologiques et conceptuels de ce courant. Les auteurs sélectionnés sont : Claude Meillassoux, Maurice Godelier, Eleanor Leacok, Emmanuel Terray et Marie-France Labercque.

  • Claude Meillassoux 

L’anthropologue et l’économiste Claude Meillassoux  (1925-2005) est l’un des fondateurs de l’anthropologie marxiste. Son travail s’est focalisé sur l’analyse des systèmes économiques des sociétés précapitalistes, en se basant sur le matérialisme historique. Meillassoux a publié plusieurs ouvrages et enquêtes empiriques dans lesquels il a formulé un corpus de concepts liés aux phénomènes et sociétés étudiées.

« L’Anthropologie des Gouro de Côte d’Ivoire : de l’économie de subsistance à l’agriculture commerciale », est le fruit d’une enquête ethnographique qui s’est déroulée entre juillet 1958 et janvier 1959, sous l’égide du Centre d’études africaines de l’École pratique des Hautes Études. L’objet étant d’étudier les transformations économiques et sociales de la société Gouro contemporaine. Il est à préciser que nous nous sommes basés sur ledit travail pour résumer les réflexions de Claude Meillassoux.

Dans son œuvre, l’auteur souligne que «la découverte » du commerce précolonial chez les Gouro l’a conduit à mettre en lumière cette dynamique économique de sociétés qui peuvent être d’autosubsistance sans être autarciques. Son point de départ fut le rôle que joue la production dans l’organisation sociale.

Meillassoux a créé plusieurs concepts liés aux phénomènes enquêtés, tout en mettant en exergue certaines notions. Par exemple, il affirme que  la notion d’ethnie ou de nation Gouro au Côte d’Ivoire, reste assez artificielle même si  le village, et surtout la famille, demeurent encore les seules institutions économiques et sociales capables d’assurer la sécurité de cette population. Les causes internes sont à l’issu des tensions qui rendent la cohabitation difficile entre les groupes.

Claude Meillassoux

Claude Meillassoux

Le concept de « l’économie d’auto-subsistance » est suffisamment abordé par l’auteur. Cette économie consiste en la production de la totalité des biens nécessaires à la perpétuation et à l’accroissement dans la société qui la pratique, existe chez les Gouro. Pareillement, dans toutes les sociétés lignagères et segmentaires, l’économie d’auto-subsistance  chez cette population se fonde sur l’exploitation de la terre, la chasse, l’élevage, l’utilisation des techniques de production quasi immédiates, ainsi que l’emploi de l’énergie humaine comme principale source énergétique.

Aussi, l’auteur considère également que le mode de production dans l’économie des Gouro a subi l’influence de la domination coloniale qui a changé le système social. Il dénie l’idée que cette économie est restée fermée sur elle-même. Avant la colonisation, chaque communauté produisait la nourriture qu’elle consomme. Ceci dit, peu de transferts de biens vivriers sont effectués, alors que d’autres biens avaient été l’objet d’échanges.

Le commerce traditionnel offrait la possibilité aux Gouro d’obtenir les biens précieux employés dans les échanges matrimoniaux. Ce qui ne signifie pas la constitution d’une véritable classe de marchands. Cette donnée ne va pas également changer les fondements structurels de la société. Mais plus tard, l’économie coloniale va radicalement changer la situation. Le mode de production coloniale introduira de nouveaux instruments, tel le travail forcé, la réglementation, le déplacement de population.

L’organisation du travail chez les Gouro fait partie des phénomènes analysés dans le travail de Meillassoux. Ainsi, les Gouro pratiquent l’organisation collective du travail  qui repose sur des groupes familiaux. Le goniwuo chez Les Gouro est un regroupement de fait fondé à la fois sur les rapports de parenté et d’alliance. Il se présente comme un patrilignage composé de membres masculins d’un groupe de descendance agnatique, de leurs épouses et de leurs filles non mariées, placé sous l’autorité d’un aîné. Cet aîné est un descendant et représentant d’un ancêtre commun.

La richesse est donc concentrée entre les mains des aînés qui exercent un droit éminent et discrétionnaire sur les cadets et les « exploitent pour leur profit ». Par le biais du contrôle des produits du travail, s’exercent le contrôle de la société et l’autorité des aînés, et se développe la contradiction entre les aînés et les cadets. L’organisation du travail, l’attribution des champs cultivés et la circulation des produits se font en relation étroite avec la hiérarchie lignagères et les liens de parenté.

Chez cette population, aucun animal n’est employé. L’homme est la seule force motrice et productrice totale. Le contrôle de l’économie et des biens repose forcément sur celui du producteur et non pas sur l’appropriation des moyens de production. L’organisation sociale est assez dépendante des rapports de coopération, d’entraide et de production qui se nouent autour des principales activités économiques traditionnelles.

L’agriculture et par excellence l’activité du groupe de descendance. Plus tard, la colonisation européenne va imposer le travail forcé : la cueillette, les cultures commerciales. Les villageois s’enfuient dans la forêt. Ainsi, apparaissent les premiers planteurs alors que l’administration créé des chefs qui servent comme relais indispensables de la contrainte coloniale.

L’auteur met également en exergue le système de la dot  et son rôle primordial dans l’économie des Gouro. C’est grâce à ce système que les mariages sont également commandés par le mode de production, de circulation et d’accumulation des biens. Il offre les moyens de la perpétuation du groupe. Ceci dit, la reproduction naturelle, la reproduction des structures sociales et organisations de l’économie sont ainsi étroitement associée dans un système cohérent.

La dot constitue donc un élément essentiel du mariage chez les Gouro. Elle permet la circulation des biens sociaux, entretient et renouvelle les liens d’alliance. C’est un paiement de la compensation matrimoniale de la fiancée. Les pagnes comme moyen de compensation matrimoniale sont hautement appréciés.

Dans son approche  des systèmes économiques des sociétés précapitalistes, Claude Meillassoux  adopte une posture purement marxiste, alors que son homologue Maurice Godelier choisit de faire un parcours plus ou moins différent. Chez lui, La méthode du matérialisme historique ne sera pas le seul outil d’analyse et de réflexion.

  • Maurice Godelier

Bien que le philosophe et l’anthropologue Maurice Godelier retienne de Lévi-Strauss la méthode structuraliste, il a essayé, parallèlement, de l’articuler avec la théorie  marxiste, ce qui lui permet d’approcher l’économie primitive et faire l’état des lieux de l’anthropologie économique de manière différente.

L’auteur a consacré une partie de ses recherches aux critiques des travaux liés aux phénomènes économique réalisés par des théoriciens qu’ils le précédent. Il insiste sur l’idée que sa façon d’utiliser la théorie marxiste prend en compte la spécificité de toutes choses et de leur autonomie relative.

Godelier affirme que la question économique ne se limite pas à la reproduction matérielle des membres d’une société. Mais qu’elle se caractérise également par une dimension sociale et politique. Selon lui, la définition « réaliste » de l’économie (production, distribution, consommation de services), ne suffit pas à unifier en un seul domaine les groupes de faits dont elle doit rendre compte. De ce fait, l’économie se présente, chez Godelier, comme un champ particulier de rapports sociaux, à la fois extérieur et intérieur, aux autres éléments de la vie sociale[1].

Dans son œuvre «Horizons marxistes en anthropologie », Godelier formule une théorie sur la monnaie primitive  connue aussi par la monnaie de sel. Cette théorie se base sur l’idée de la double nature de la monnaie : «très souvent les objets précieux que l’on rencontre dans les sociétés primitives, sont d’une double nature, à la fois marchandise et non-marchandise,  monnaie  et objet à donner. C’est-à-dire, ces objets pourraient avoir une fonction d’échange social et rituelle au sein de la société et à l’extérieur du groupe de monnaie primitive  comme le sel des Baruya, une société qui forme une tribu sans classes et sans État de Papouasie-Nouvelle- Guinée.

Godelier considère que la monnaie de sel correspond aux critères de la monnaie et peut, de ce fait, être qualifiée comme « monnaie primitive », puisqu’elle est la seule marchandise qui s’échange contre toutes les autres.  Le sel donc est une monnaie et objet que l’on donne entre soi.

L’auteur définit la notion du système en adoptant une approche structuraliste. Il considère que le système peut se présenter comme un ensemble de structures liées entre elles par certaines règles. Ces règles sont destinées à organiser la vie sociale, comme les règles de parenté, règles techniques de la production industrielles, règles juridiques de la tenure foncière et les règles de la vie monacale, etc.

La vie sociale est l’objet de certaines lois qui se manifestent dans la pratique à travers les réajustements successifs de la société, et opèrent sur ses propres « règles » de fonctionnement quand la situation et les faits le nécessitent.

Par ailleurs, Godelier formule un autre concept lié à la formation sociale et économique chez les Inca. Il se sert cette fois-ci  de l’approche marxiste. Il  part de l’identification du nombre et la nature des différents modes de production, qui sont associés de manière spécifique dans telle société spécifique, et qui constituent la base économique de cette époque particulière.

La formation sociale et économique chez les Inca est marquée par le chevauchement de deux formations sociales et économiques. Il s’agit d’une formation précoloniale et dépendante, dominée à la fois par une autre formation et un autre mode de production mis en place après la conquête espagnole. Un mode de production féodale, établi lors de la naissance de l’origine du capitalisme.

Le chef du village, le kuraka , est le bénéficiaire principal de la coopération du village. Les terres en commun sont cultivées spécialement pour maintenir les tombes et les divinités locales. On est donc devant un mode de production qui nécessite la coopération de producteurs directs qui sont tous liés par une sorte de loi (loi de fraternité).

De plus, il y a un degré d’inégalité entre les chefs des villages et les autres, même si cette inégalité n’est pas très prononcée. La formation économique chez les Inca est caractérisée aussi par une profonde inégalité sociale entre les lignages. Certains lignages ont même des chefs héréditaires. Néanmoins, le mode de production est une association de producteurs. Dans la communauté indienne, avant la conquête des Incas, la production avait été basée sur la propriété commune de la terre qui prend une forme communale fondée sur la collaboration des membres de la famille et /ou des voisins. Dans les ménages, à qui les terres de la communauté sont périodiquement redistribuées, la division du travail se fait par sexe et par âge.

Le nouveau mode de production introduit a profité des relations existantes de production ainsi que des institutions sociales et idéologiques déjà présentes. Ce même nouveau mode de production va éventuellement renverser la formation des anciennes relations de production. Les Incas dont reposer la richesse de l’Etat et le pouvoir de la classe dominante avant tout sur des prestations en travail, sur un régime de corvées. La production est organisée strictement par le pouvoir central, ce qui ne laissait guère place au développement d’une classe de marchands.

En outre, bien que le terme « tribu » ne soit littéralement présent dans les écrits et les discussions des anthropologues, il ne semble pas entré dans les zones de combats théoriques. Godelier considère qu’il est difficile d’espérer un avancement sur la notion de la tribu et qu’il est nécessaire d’envisager d’autres concepts et de les améliorer.

Les anthropologues cherchent des réponses aux questions sur la nature exacte de « société tribale » et ses formes d’apparence, le mode de production familial, ou le mode de production linéaire. Et au lieu de faire recours à l’analyse des modes de production, ils continuent à les décrire dans les formes apparentes sans essayer de montrer et analyser leurs causalités structurelles spécifiques. Godelier appelle à s’attaquer sans cesse aux manipulations politiques et idéologiques, par lesquelles les concepts de « tribu » et « tribalisme » sont utilisés comme un outil par les puissances qui dominent et oppriment les jeunes nations du tiers-Monde.

Par ailleurs, Godelier développe une critique vis-à-vis de l’évolutionnisme. Il considère que le marxisme ne peut donc pas être tenu responsable des axiomes du XIXe siècle sur l’évolutionnisme, même si le fait fondamental de l’évolution de la nature et de la société est reconnu. Il affirme que les schémas évolutifs de Morgan affrontent une difficulté supplémentaire inconnue. Par exemple, la classification des systèmes de parenté par ascendance patrilinéaire et matrilinéaire se réfèrent exclusivement aux systèmes unilinéaires, alors que l’ethnologie moderne a révélé l’existence et la fréquence des systèmes bilinéaires et non linéaires.  Et si les systèmes bilatéraux peuvent souvent être interprétés comme des formes de transition entre les systèmes unilinéaires, la découverte des systèmes cognatiques a profondément modifié les discussions sur l’évolution des relations de parenté dans la société primitive.

Tandis que Claude Meillassoux et Maurice Godelier consacrent leurs travaux à l’analyse des aspects économique et des modes productions des sociétés étudiées, Emmanuel Terray s’inscrit dans une posture différente.

  • Emmanuel Terray 

Emmanuel Terray  a tenté de mettre en place le socle de l’anthropologie politique tout en restant fidèle au projet marxiste de Louis Althusser. Il a publié de nombreux ouvrages portant sur la thématique politique  tel que « Le Marxisme devant les sociétés « primitives » ; «Une histoire du royaume Abron du Gyaman, des origines à la conquête coloniale» ; « La Politique dans la caverne » ; L’Organisation sociale des Dida de Côte d’Ivoire », etc.

A travers son œuvre « l’Organisation sociale des Dida de Côte d’Ivoire», Terray tente de mettre en exergue les structures et l’organisation politique dans la société Dida. Il présente le résultat de l’enquête effectuée de novembre 1946 à août 1965 dans un village nommé « Zokolilié » dans la région de Lakota au Côte d’Ivoire. Ce village qui était marqué par sa diversité de traditions, des coutumes et des institutions. L’auteur se focalise sur la structure lignagère, le système de parenté, les échanges matrimoniaux ainsi que l’organisation politique.

Terray allègue que les Dida appartiendraient au groupe des populations dites paléonigritiques  auxquelles les rattacheraient de nombreux traits culturels : usage de vêtements en écorce battue, chasse au filet, utilisation par les femmes d’une hotte pour porter leurs fardeaux, filiation patrilinéaire, économie fondée sur la chasse et la collecte, absence de pouvoirs politiques centralisés. Les Dida sont censés être le résultat de la rencontre d’une population autochtone avec des éléments détachés des trois rameaux Mandé, Krou et Akan. Ou au moins que la population autochtone a été soumise à l’influence convergente de ces trois groupes.

L’auteur considère que les individus et collectivités en pays Dida peuvent être perçus comme des multiples partenaires d’un même jeu. La société Dida n’apparaît plus comme un organisme, elle n’existe que dans et par les objectifs et les règles qu’elle impose à ses membres. Aussi,  la vie sociale de cette population ressemble à une compétition au sein de laquelle chaque participant-individu ou groupe- met en œuvre une stratégie déterminée par les objectifs et en même temps par les règles du jeu, et par la position qu’il occupe dans la hiérarchie sociale.

Les Dida sont caractérisés par l’absence d’institutions politiques centralisées. L’objectif pour les individus de cette population et pour les différents groupes, est le contrôle du plus grand nombre possible de personnes. C’est ce contrôle qui est la clef de la richesse et de la puissance. De plus, ce contrôle même est l’enjeu de tous les conflits éclatés soit autour des femmes, particulièrement âpre (la femme est à la fois personne et productrice de personne, et constitue donc bien le « capital » le plus précieux); soit autour des héritages, car recevoir un héritage permet l’accès au statut d’adulte d’être reconnue comme partenaire à part entière dans la compétition sociale.

L’instabilité du mariage est l’une des caractéristiques des Dida. La fuite des femmes semble être une arme efficace pour échapper au contrôle/clef de richesse. Les femmes ne sont pas un enjeu passif des hommes. Elles cherchent à se libérer du fardeau du contrôle, soit en se heurtant à leur mari et à ses parents, soit par la fuite du foyer. De ce fait, un homme est toujours sous la dépendance de ses beaux-parents, les membres du groupe doivent d’une certaine manière s’arranger avec leurs beaux parents s’ils veulent conserver leur indépendance collective.

La pratique d’échanges matrimoniaux semble importante pour l’effectif du groupe qui est lui-même cruciale pour la richesse et la puissance des Dida. Les femmes sont le « capital » le plus précieux, ce qui explique la pratique du groupe en matière d’échange matrimonial. Les filles qui se marient en raison de leur situation ou leur force représentent un intérêt stratégique. Les enfants de ces filles seront les neveux utérins, donc les alliés naturels des membres de villages différents.

Terray met aussi l’accent sur la relation entre mariage et guerre. Ces deux éléments sont très liés. La véritable alliance écarte la possibilité de l’intermariage entre les groupes. Toutes collectivité doit calculer un optimum entre deux séries d’exigences contradictoires. Il s’agit d’une part de la sécurité, qui impose de multiplier les alliés dont on ne pourra pas épouser les filles, et de la reproduction de l’autre, qui oblige le groupe à conserver des voisins qui lui fourniront des femmes. Néanmoins,  ces voisins seront toujours des agresseurs potentiels.

Quant au système de parenté, l’auteur constate que les Dida pratiquent la filiation patrilinéaire et la résidence patri-virilocale. La parenté en ligne utérine y joue donc vis-à-vis de l’Ego un rôle primordial, notamment sur le plan affectif. Il existe entre Ego et ses parents en ligne utérine tout un réseau de droits et de devoirs reconnus comme tels par la société. En ce qui concerne le mariage, la parenté utérine, représentée par le frère de la mère, doit prendre sa part des dépenses nécessaires au mariage d’Ego. En retour, Ego reçoit une fraction habituellement importante de la compensation matrimoniale reçue pour la fille de sa sœur. Aussi  en matière de succession, Ego est partie prenante à l’héritage du frère de sa mère, selon des modalités précises.

En pays Dida, chaque lignage possède un grand filet de chasses, pourvu d’un nom propre qui sert à désigner le lignage lui-même. De surcroît, même au sein de chaque lignage, la majorité des chefs de famille étendue possèdent un petit filet. Le recensement des filets reflète de manière exacte la construction du groupe. Ainsi donc, l’organisation et la constitution de la communauté peut être décrite en termes de nombre de filets.

Les dida pratiquent également un degré d’endogamie considérable. Cet élément permet à long terme la généralisation des unions entre parents. Mais cette généralisation est accompagnée d’un affaiblissement de mémoire généalogique. D’un autre côté, il existe une autre corrélation adoptée par les Dida. Il s’agit bien du degré de l’endogamie et le taux de la compensation matrimoniale.

L’interdiction alimentaire : selon la théorie des Dida, l’origine de la plupart des interdits alimentaires est la suivante : frappé par telle calamité, tel groupe est allé consulter un « féticheur », qui l’a délivré de son mal, sous condition du respect de tel interdit par les membres du groupe et par leurs descendants. L’extension de l’interdit, c’est-à-dire le nombre des individus qui l’observent, dépend donc de la nature du groupe qui a demandé la consultation : il peut s’agir aussi bien d’un groupe territorial, un village ou tribu que d’un groupe de descendants.

En matière du religieux, Terray souligne qu’il n’existe pas de cultes des ancêtres au sens propre du terme chez les dida, bien qu’ils soient invoqués à la veille des entreprises importantes.  Le panthéon Dida comprend d’abord un être suprême nommé Lago, lointain et passif. Cet être suprême est présent dans les serments associé à la terre (dodo). Chaque groupe territorial honore, selon des modalités prescrites, les génies qui résident sur son territoire. L’honoration se fait généralement par des offrandes faites à chaque nouvelle lune.

En ce qui concerne l’économie, les Dida pratiquent la culture itinérante sur brûlis et le nomadisme agricole jusqu’à l’apparition des plantations de café et de cacao. Les villages se déplaçaient quand les terres qui les entouraient étaient épuisées. Les activités artisanales sont minimes : la poterie, la vannerie la confection des pagnes sont des travaux de femmes ; les hommes travaillent le bois, la fabrication de mortiers, de pilons, de fauteuils, ils construisent les maisons.

L’auteur ajoute aussi que la population Dida est connue par l’absence, non seulement de tout pouvoir politique centralisateur, mais aussi par l’absence de toute institution d’ordre économique, social ou religieux, marchés, classes d’âges et institutions assurant l’intégration de la société. De surcroît, ce groupe est caractérisé par l’absence d’une charte généalogique ou mythique qui donne à la société une unité spirituelle ou morale, et il n’existe pas d’ancêtre unique ni de récit des origines. Là où on pense trouver une société, on découvre en fait une poussière de communautés très différentes et indépendantes les unes des autres.

Sur le plan économique, les travaux collectifs sont entrepris dans le cadre du lignage ou du groupe d’âge. La production vivrière et l’économie d’autosubsistance sont privilégiées, tant qu’elles correspondent sur le plan social au phénomène biologique de l’alimentation, et d’une façon plus générale, au processus des échanges entre l’organisme et son milieu naturel. L’agriculture est la principale activité du pays. Les plantations de café et de cacao se sont multipliées depuis 1925, et les Dida en tirent l’essentiel de leurs revenus monétaires.

L’auteur précise que l’élevage constitue pour les Dida une activité très secondaire ; la volaille et le petit bétail sont abondants. Mais la consommation de la viande des cabris et des moutons est conditionnée par certaines circonstances socialement déterminées, comme le jugement et les funérailles.

Enfin, Terray met en garde contre la tendance consistant à assimiler une société à un organisme :

 « Nous concevions obscurément la société comme un organisme dont individus et collectivités seraient les cellules, dont les institutions seraient les organes, organes définis par leur rôle, leur fonction dans la cohésion et la conservation de l’ensemble. Nous admettions la possibilité d’antagonisme et de conflits » [Terry, 1969 : page 338].

De ce fait « l’assimilation d’une société à un organisme, c’est en effet rester enfermé dans un espace conceptuel déterminé. Un espace structuré où certains aspects sont relégués au second plan » [Idem]. 

En somme, les institutions d’une société donnée deviennent autant de solutions à ces problèmes, et l’analyse consiste donc à établir une correspondance biunivoque entre une série d’institutions et une série de problèmes. Du coup, l’institution résolvant le problème, le problème expliquant l’institution.

  • Eleanor Leacock

La contribution de l’anthropologue Eleanor Leacock en la littérature marxiste est très riche. Elle s’est focalisée sur l’étude et l’analyse des sociétés égalitaires et l’évolution du statut des femmes dans la société. Parmi ses travaux réalisés nous citerons Women’s work et Myths of Male Dominance: Collected Articles on Women Cross-Culturally. Leacock tente par la méthode du matérialisme historique à approfondir la réflexion sur la situation des femmes dans les sociétés primitives et l’évolution qu’a connue à travers l’histoire.

L’œuvre de Friedrich Engels L’Origine de la Famille, de la propriété privée et de l’État (1884, 1974)  qui inspire plusieurs spécialistes de genre marxistes, a fait l’objet d’un travail de réflexion profonde mené par Leacock. Il s’agit bien de sa contribution intitulée “Introduction to Origin of the Family, Private Property and the State, by Frederick Engels”.  L’auteure rebondit sur la situation des femmes dans les sociétés primitives pour mieux clarifier les éléments et les facteurs qui ont contribué à la transformation des rapports entre les hommes et les femmes. Encore, son travail intitulé « Gender in Egalitarian Societies », est une vraie référence sur laquelle nous nous basons pour présenter ses principales réflexions.

Leacock tente de présenter une analyse de l’émergence historique de l’oppression des femmes d’un point de vue matérialiste. Elle affirme que les comportements violents étaient bannis et méprisés dans les sociétés primitives. Ces sociétés ont très longtemps persisté avant l’arrivée au stade des sociétés guerrières qui prennent leur place. Les données collectées par la recherche scientifique, notamment de l’archéologie, témoignent que les chasseurs-cueilleurs étaient loin d’être impliqués dans des luttes permanentes pendant l’époque de subsistance.

L’auteure considère que l’évolution de la société humaine n’est pas liée exclusivement au désir de la  domination, mais elle est due à l’intelligence et à l’expression de la sociabilité. Les sociétés de subsistance méprisaient et évitaient apparemment de se battre, et de telles sociétés ont persisté bien plus longtemps que les sociétés guerrières qui leur ont succédé. Leacock critique fortement l’hypothèse de l’universalité du sexisme appuyée par des discours dits scientifiques, notamment ceux qui appartiennent aux domaines des sciences sociales.

La transformation des sociétés égalitaires en sociétés d’inégalité et de classes, est loin d’être le résultat d’une combinaison psychobiologique d’aptitudes à la domination d’une part, et de la pression démographique de l’autre. L’auteure décrit le processus de cette transformation sociale profonde de manière évolutive. Au début, c’était le partage qui va se transformer en troc, et qui va évoluer à son tour vers le commerce généralisé et la spécialisation du travail. Le processus va arriver à son sommet par l’invention du pouvoir et de la possession de richesses par un seul individu.

La transformation des rapports sociaux, y compris les rapports hommes/femmes, va de pair avec le changement de l’organisation du groupe et la naissance de la propriété privée. Par conséquent, la domination des femmes se met en place après l’éclatement des groupes communaux familiaux à cause des liens économiques et politiques conflictuels. A ce moment là, les unités familiales nucléaires naissent et la responsabilité de garder et élever les enfants passe aux seuls parents biologiques. Le rôle public des femmes deviendra par la suite un rôle privé.

Leacock critique également la thèse de Hobbes prétendant que l’humain est violent et agressif par nature. Dans ce cadre, elle invoque les données de l’anthropologie sociale et physique, de l’archéologie et de la primatologie dans leur totalité. Elle plaide pour une exploitation convergente de ces données et non pas de manière arbitraire, à fin de prouver que la violence est le résultat d’une évolution de la vie sociale et non pas une nature humaine.

Quant à l’organisation sociale dans les sociétés primitives, l’auteure affirme que les gens de l’époque ne suivent pas un leader unique, et la prise de décision se fait d’une manière participative. Aussi, déclencher une guerre était loin d’être envisagé entre les individus de la société primitive. Ainsi, la propriété privée, les classes sociales, la domination et la soumission politique et guerres institutionnelles ne sont qu’une création sociale et qui vont évoluer par la suite.

Ultérieurement, la société humaine va passer vers le développement de la spécialisation du travail. Par conséquent, une partie des individus va se trouver exclue de la production des aliments de base. Le troc deviendra un commerce et une marchandise, manipulée de plus en plus par les chefs-prêtres qui la stockaient à fin de la redistribuer. La hiérarchie rituelle se transforme aussi en élitisme, et l’accès égal à la terre se restreint et aboutit à des champs privés. C’est ainsi que le système de classe s’est développé et a pris place dans l’évolution du processus.

Par ailleurs, les centres urbains marchands caractérisés par des formes politiques et sociales stratifiées et compétitives, vont se développer sur le socle de sociétés qui s’étaient organisées tout autour en clans égalitaires. La révolution industrielle provoque l’avidité de trouver de nouvelles ressources et de nouveaux marchés. Du coup, le colonialisme européen n’est que le résultat de ladite révolution, et petit à petit les peuples des pays colonisés seront conduits à intégrer le système social, politique et économique mis en place.

L’auteure allègue que les femmes jouissaient d’une grande indépendance dans la société primitive. Dans ces sociétés sans classes, les femmes exerçaient leur fonction de manière très autonome et dans l’absence totale de la violence et la domination, de la division sexuée du travail et les descriptions stéréotypées qui vont naître avec les sociétés stratifiées.

En outre, Leacock retrace ce qu’elle appelle « les quatre distorsions principales ». Ce qui veut dire les obstacles qui font persister la confusion au sujet des femmes dans les sociétés sans classes. D’abord, considérer que les sociétés n’appartenant pas à la tradition de l’Europe ou de l’Orient sont régulièrement regroupées dans une catégorie unique et calcifiée comme « primitives ». Alors que les sociétés de classes et urbanisées avaient déjà parue ou bien  étaient en train d’émerger dans de différents coins du monde à l’époque de l’expansion européenne.

Le second obstacle concerne l’analyse des cultures des peuples faite par des anthropologues qui n’étaient pas autonomes. Ces analyses ont été effectuées dans un contexte colonial. De plus, ces travaux sont marqués également par les généralisations et les préjugés, notamment en ce qui concerne les cultures tribales. Les réflexions menées à ce propos se basaient sur les rapports ethnographiques élaborés au cours du XXe siècle, et cela sans tenir en compte le colonialisme, l’impérialisme et leurs retombées au niveau mondial.

L’auteure souligne que les pratiques patriarcales et les comportements introduits par les colonisateurs européens ont bouleversé les rapports, les liens et l’organisation sociale au sein des populations colonisées. En effet, la domination impérialiste va rapidement accélérer la dégradation du statut des femmes sur plusieurs niveaux. Par exemple, le droit de la femme à la terre fut supprimé, Les liens économiques mutuels entre les clans et les lignages furent également affaiblis. Dès lors, les femmes perdent leur autonomie et deviennent sujets dépendant des chefs qui sont forcément des hommes.

Quant à la troisième distorsion, elle porte sur l’approche erronée et simpliste du statut et du rôle des femmes dans les sociétés primitives. Les travaux empiriques liés à ce sujet ont été effectués par des hommes, même si les femmes anthropologues ne sont pas exclues de cette approche simpliste. En fait, c’étaient des hommes qui questionnaient d’autres hommes. La manière dont les informations et les données ont été récoltées demeure insuffisante pour comprendre une quelconque société.

Enfin, le quatrième obstacle soulevé réside dans l’approche ethnocentriste de l’organisation sociale et le manque de la rigueur scientifique dans les travaux des ethnographes. Les monographies menées réduisent les activités et le rôle des femmes dans les sociétés enquêtées.

Les sociétés égalitaires fonctionnaient différemment des sociétés stratifiées. Le travail des femmes dans le contexte du groupe était public, mais cette donnée va être bouleversée et transformée en un service privé au sein de la famille nucléaire. La spécialisation de travail est donc une caractéristique qui va de pair avec l’accroissement des échanges commerciaux.

En somme, les études effectuées sur les éléments structurels du statut des femmes, dévoilent l’importance du contrôle sur les marchandises et les ressources dont elles disposaient. Cependant l’administration coloniale va procéder par la suite à la destruction des systèmes économiques et sociaux africains, ou les détourner à son profit. Mais cette réalité ne peut être exclusivement liée à cette société, puisque d’autres sources historiques révèlent de multiples analogies avec les sociétés-États existant dans la région méditerranéenne.

Si Eleanor Leacock a consacré ses recherches et réflexions sur l’évolution du statut des femmes notamment dans la société primitive, Marie-France Labercque se penche sur le rapport de genre dans le contexte de l’économie politique et la mondialisation.

  • Marie-France Labercque

L’anthropologue Marie-France Labercque est une spécialiste de l’économie politique, notamment de la paysannerie au Mexique ainsi que des rapports de genre. Dans un article publié dans la revue Anthropologie et Sociétés du département d’anthropologie, Université de Laval au Québec, l’auteure aborde le sujet de l’anthropologie du développement et son objet ainsi que la relation de développement dans le contexte des processus de mondialisation. Elle part du point de vue de l’économie politique féministe en se basant sur un travail de terrain en Amérique latine (au Mexique notamment).

Labercque tente de cerner l’aspect «genré» du développement et de la restructuration économique en liaison avec la question de l’État. Son travail comporte également les structures et les pratiques du développement institutionnel, les processus par lesquels les populations se les réapproprient et les réinterprètent.

L’auteure considère que la relation de développement et de production au temps de la mondialisation, est un processus marqué par une multiplicité de rapports hiérarchiques qui peuvent être approchés, du point de vue théorique et méthodologique, dans de multiples champs du social. Les rapports de genre sont assez significatifs dans ce schème de relations.  Elle affirme que le développement est un processus « genré » comme c’est le cas pour  la production.

Labercque défend l’idée que « toutes les formes d’inégalité méritent d’être analysées de façon à rendre compte de leur complexité, précisément à l’intersection de stratifications multiples ». L’économie politique féministe et culturelle choisit ainsi une approche globale du fait social. Ainsi, des féministes de cette tendance affirment que « l’analyse de genre est essentielle à la compréhension des processus globaux et de l’importance de la culture dans l’expérience quotidienne ».

L’auteure souligne aussi que la notion de genre ne peut être exclue de l’approche de la mondialisation et l’État. La mondialisation se réfère au fait que l’intégration économique atteint maintenant des sommets inédits. Ce phénomène qui dépasse les frontières nationales, est caractérisé par l’ouverture des marchés à la concurrence internationale, la dissolution du pouvoir d’État, ainsi que la fin des territoires et la victoire de l’idéologie «sans frontière».

Les conséquences de la mondialisation sont compliquées et contradictoires. La décadence des formes hiérarchiques d’organisation, la décentralisation du contrôle politique peuvent nous donner l’impression d’une homogénéisation, alors qu’en réalité, il y a des fossés qui se creusent et une marginalisation s’accélère. Ce déficit d’État et cette dilution du lien social font partie de la restructuration liée au processus économique de la mondialisation. Aussi, le discours économique était monopolisé par des économistes hommes et des institutions. La dimension « genre » était quasiment  absente. Il s’agit donc d’une appropriation « genrée» de l’économie.

Labercque analyse la nature patriarcale de l’Etat. Elle part de l’idée que la nature « genrée» de la relation de développement ne peut être abordée correctement sans une approche de l’État qui en institutionnalise le fonctionnement. En effet, l’État est particulièrement patriarcal et cette nature indique forcément la domination des hommes sur les femmes, mais aussi elle consiste dans l’obligation de protéger les femmes par les hommes. Une contradiction genrée entretenue par le patriarcat étatique est renforcée de multiples pressions sociales.

L’auteure développe une réflexion sur deux niveaux. L’un est lié au champ structurel et la globalité, l’autre porte sur le champ des individus et du quotidien. Quant au structurel et la globalité, l’analyse est le rapport entretenu par les appareils d’État avec les institutions internationales et les corporations multinationales. Labercque considère que l’institutionnalisation du développement et des rapports sociaux qui le constituent, se placent dans ce champ. De ce point de vue, la relation structurelle de développement constitue en elle-même un des processus de mondialisation.

En effet, les politiques de développement, les programmes et les stratégies qui en résultent, dépassent les frontières et participent à un alignement du changement. L’État hégémonique et ses secteurs institutionnels internationaux en sont parvenus à associer les revendications de féministes libérales à fin de pousser vers des politiques visant l’intégration des femmes au développement.

Relativement au champ des individus et du quotidien, Labercque souligne que l’examen du champ des individus est en mesure de faire ressortir des hétérogénéités et des inégalités sociales que la relation de développement est susceptible de favoriser ou de transformer. Dans ce champ, la vie quotidienne forme la scène principale des rapports sociaux et de l’accès aux ressources.

L’auteure affirme également que l’utilisation du concept de genre dans le champ des individus, sans une transformation convenable, est susceptible d’être très limitatrice et contribue à rendre les individus invisibles, tandis que l’objectif est de les révéler. Dans ce champ, l’énonciation des rapports sociaux de sexe pour bien marquer les dimensions sociales et sexuées des rapports entre les êtres humains, semble plus logique. La relation de développement est tout aussi « genrée » que dans les autres champs du social, mais elle est attachée aux trajectoires individuelles et aux circonstances.

Conclusion :

L’anthropologie marxiste qui s’inscrit dans une perspective de libération de l’humain, représente une réelle révolution dans le domaine des sciences sociales. Ce courant connu aussi par «l’anthropologie de la libération», a pu contribuer au développement de la discipline par le biais de tous ces travaux empiriques penchant notamment sur le monde contemporain et ses transformations.

La théorie marxiste, le matérialisme historique et le matérialisme dialectique ont permet aux anthropologues de construire tout une structure de pensées scientifiques plus cohérente. La naissance de la société de classes et son évolution ; la dimension genre et la division sexuée de travail ; l’État patriarcal comme support de la perpétuation de la domination masculine, telles sont les thématiques approchées par les ethnographes et les anthropologues marxistes.

Quoique l’anthropologie marxiste a pu tracer son chemin comme courant indépendant, elle demeure toujours redevable à l’évolutionnisme. Les premières réflexions de Karl Marx et de Friedrich Engels sur la société primitive étaient très influencées par la théorie de Lewis Henry Morgan. D’autres insistent que l’anthropologie marxiste n’a jamais pu se débarrasser de son âme évolutionniste.

Ouvrages consultés :

- Meillassoux, Claude, 1999, Anthropologie économique des Gouro de Côte d’Ivoire : De l’économie de subsistance à l’agriculture commerciale, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 382 p.

- Godelier, Maurice. Objets et méthodes de l’anthropologie économique. In: L’Homme, 1965, tome 5 n°2. pp. 32-91;

http://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1965_num_5_2_366714

-  Godelier, Maurice, Perspective in Marxist Anthropology, 1977, Cambridge, Syndics of the Cambridge University Press, 243p

- Terray, Emmanuel, L’Organisation sociale des Dida de Côte d’Ivoire, 1969, Abidjan, Université d’Abidjan, 400 pages

- Leacock, Eleanor, Women’s Status in Egalitarian Society: Implications for Social Evolution [and Comments and Reply],1978, The University of Chicago Press on behalf of Wenner-Gren Foundation for Anthropological Research, pp. 247-275

- LABRECQUE, Marie-France, L’anthropologie du développement au temps de la mondialisation, revue Anthropologie et Sociétés, Volume 24, Numéro 1, 2000, p. 57–78

- Deliège, Robert, Une histoire de l’anthropologie : écoles, auteurs, théories, 2006,  Paris,  Seuil  pages 329p.


[1] Godelier Maurice, Objets et méthodes de l’anthropologie économique. In: L’Homme, 1965, tome 5 n°2. pp. 32-91.

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