L’expression politique dans les marchés publics: Le cas de Saint-Ouen

Posté le 16 juillet 2017 par Fatiha Aarour dans Non classé

  • Enquête ethnographique menée par Fatiha Aarour

 

enquete

Introduction :

« L’expression politique dans les marchés publics : le cas de Saint-Ouen (île de France)» est le thème de cette enquête ethnographique, réalisée dans le cadre du séminaire «La pratique ethnographique: questionnements théoriques et méthodologiques » à l’Ehess. Ce travail s’est déroulé sur deux marchés à Saint-Ouen. Il s’agit du marché Ottino au quartier Garibaldi et le marché du Vieux Saint-Ouen, connu aussi comme le marché du Landy. La campagne électorale, présidentielle comme la législative, était une période propice pour mener cette enquête. 

Le choix de ces deux marchés s’explique d’abord par la proximité à mon domicile, et ma bonne connaissance du terrain : j’y ai résidé pendant un mois et demi quand je suis arrivée à Paris pour la première fois. Aussi, les liens de confiance que j’ai pu tissés m’ont permis de trouver des personnes ressources sur le terrain ce qui m’a beaucoup facilité la tâche.

Il est à souligner que la démarche suivie au départ consistait en un travail de groupe constitué de quatre personnes. L’objectif était de suivre les diffuseurs de tracts des partis politiques des candidats sur deux marchés à Paris (Lecourbe  et  Barbès). Lors des premières visites de repérage en ordre dispersé, les quelques observations faites sur place avaient relevé peu de dimensions politiques. Seulement peu de diffuseurs de tracts qui attiraient à peine l’attention des gens : une scène qui ne semblait pas prometteuse pour continuer le travail sur ce terrain. Cette donnée a suscité une divergence d’appréciation entre les membres du groupe, notamment en ce qui concerne les angles d’attaque.   

De ce fait, j’ai décidé de faire un travail individuel en me focalisant sur les deux marchés de la commune de Saint-Ouen (Ottino et marché du Vieux Saint-Ouen). Bien que j’aie choisi une approche différente du groupe, j’ai mis à la disposition de mes collègues une partie de mes interviews effectuées sur le terrain en cas de besoin.

La problématique de départ était de questionner la nature et les formes d’expression politique sur les marchés publics, et les rapports entretenus entre les différents acteurs. L’hypothèse était que les marchés publics sont un espace politique réel où se concrétisent des enjeux politiques signifiants.

La collecte des données s’est faite dans un dispositif d’observation participante accompagnée d’un nombre d’interviews et de documentation, ainsi que la collecte des tracts, des flyers, mes notes et mes croquis et photos prises sur place.

 Objet d’étude :

La ville de Saint-Ouen est située dans le département de la-Seine-Saint-Denis en région d’Île-de-France. Une commune proche de Paris, accessible par la porte de Saint-Ouen et porte de Clignancourt. Le Maire de la commune est William Delannoy de l’Union des démocrates et indépendants (droite), élu en 2014. Son élection était un échec net pour les partis de gauche qui ont géré la Mairie pendant plusieurs dizaines d’années.

«La commune s’étend sur 4,3 km² et compte 47 936 habitants selon le dernier recensement de la population. Avec une densité de 11 122 habitants par km², Saint-Ouen a connu une hausse de 23,6% de sa population par rapport à 1999. Au cours du XIXe siècle, la physionomie de Saint-Ouen connaît une évolution manifeste. Encore un village en 1830, Saint-Ouen devient une ville industrielle de plus de 30 000 habitants à la fin du siècle. Cette industrialisation massive modifie profondément la population et l’urbanisme. Après la guerre de 1870, des chiffonniers installent leurs campements et baraques à Saint-Ouen, donnant progressivement naissance au marché aux Puces.

À partir des années 1965-1975, l’industrie audonienne traverse une période de déclin et de crise. C’est la désindustrialisation et l’apparition de friches industrielles. Le secteur tertiaire devient majoritaire dans les années 1990[1] ».

Selon des données de l’INSEE en 2013, le taux de chômage atteint de 18,4 % alors que la moyenne sur le quatrième trimestre 2013 était de 9,8 % de la population active en France. Saint-Ouen compte également 6488 entreprises. Le taux de pauvreté est de 29 %. La ville comporte 53 % de foyers imposables, quand 52,3 % des ménages ont payé l’impôt sur le revenu en 2013[2].

Cette ville a pu confirmer son encrage à gauche lors des résultats du 1er tour de la dernière présidentielle. J-L. Mélenchon (La France Insoumise) est arrivé en tête avec 38.41 % (6 488 votes), suivi par E. Macron (En Marche) 25.28 % (4 270 VOTES) ; B. Hamon (Parti Socialiste) 11.08 % (1 871 votes) ; F. Fillon (Les Républicains)  9.48 % (1 602 votes) et M. Le Pen (Front National) 9.42 % (1 591 votes), etc.

Le nombre des inscrits sur les listes électorales est 24 462. Le taux d’abstention lors du 1er tour a atteint 29,27 %. La population de Saint-Ouen est très politisée. Une donne qui peut s’expliquer par son histoire comme ville ouvrière qui séduit artistes et intellectuels. La popularité de la ville et sa  diversité  se reflètent dans ses marchés de la rue ciblant particulièrement les classes populaires[3].

Le marché Ottino et le marché du Vieux Saint-Ouen se comptent parmi les points commerciaux les plus importants de la ville. Ils se divisent en deux catégories d’espaces et de commerçants. Un marché couvert où l’on retrouve des commerçants sédentaires, avec des magasins, stands et lieux fixes exposant les produits frais laitiers, fruits, légumes, viande, poissons, herbes fines ainsi qu’une cafétéria où l’on peut déguster un café ; et le marché de la rue dédié au commerçants ambulants (commerçants volants). Cette catégorie expose sa marchandise de détail, tel que des vêtements, des chaussures, du bazar, des jouets,  des accessoires, etc.

Ces marchés ont lieu de 08h à 13h. Ottino a lieu tous les mardis, vendredis et dimanches. La partie alimentaire de ce marché est abritée par une grande halle et des stands qui s’étendent à la rue Gabriel Péri et rue Alfred Ottino à Garibaldi. Un quartier populaire très vif avec une diversité ethnique et culturelle remarquable. Ce lieu est également animé par des restaurants, des cafés et des bars. Quant au marché du Vieux Saint-Ouen, il est ouvert chaque mercredi et samedi. Il est constitué aussi par un marché alimentaire couvert, et une partie de stands de marchandise de détail tout autour, s’étalant sur une partie de la rue de Landy et rue de Saint-Denis. Ce quartier est caractérisé lui aussi par sa popularité et sa diversité, même s’il semble plus calme que le quartier Garibaldi.

 Approche du terrain :

Dans ce contexte, j’ai pu faire une observation participante de 20 heures au totale (samedis et dimanches seulement). Le travail couvre la période de la campagne pour la présidentielle du 1er et 2nd tour, ainsi qu’une partie du 1er tour de la législative.

Les entretiens réalisés (17 entretiens d’une durée de 6 à 1h16 minutes) ont été effectués, soit dans le domicile des répondants, soit dans les cafés ou dans la rue. Les répondants sont des commerçants, des militants des partis ou des mouvements politiques actifs sur le terrain. Il s’agit notamment du Parti socialiste, la France Insoumise, Parti communiste, En Marche, Front de gauche et le Parti communiste. Des entretiens ont été réalisés également avec des acteurs associatifs et des intellectuels de la ville.

Les photos, les dessins et les croquis des lieux, la collection de tracts et de flyers, les données disponibles sur internet (site web de la Mairie et d’autres) et la cartographie sont aussi suffisamment exploités comme matériaux d’enquête.

Il est à préciser qu’une personne ressource m’a mis en contacte, dés le démarrage de ce travail, avec deux membres de la section du PS à Saint-Ouen. Une scission audonienne était intervenue et je me suis très vite rendue compte de la dispersion de la section. Les militants sont divisés en trois groupes : Il y en a les Vallsiens  qui soutiennent la candidature de E. Macron, d’autres qui militent pour B. Hamon et se sont engagés jusqu’au bout; et enfin ceux qui tractaient pour Hamon mais ont voté J-L. Mélenchon à la dernière minute.

L’une des deux personnes ressources du PS s’est engagée concrètement en me présentant à des militants des autres partis. Un homme de gauche convaincu âgé de 55 ans. Très modeste, il croit encore aux valeurs qu’il défend malgré sa déception de la dispersion du PS. Ce militant s’est engagé politiquement depuis sa jeunesse. Il a été longtemps élu à la commune de Saint-Ouen dont il avait occupé le poste de Maire adjoint chargé du logement. Quant à la deuxième personne ressource, membre du comité de soutien de B. Hamon, elle ne semblait pas motivée pour donner de l’aide sur le terrain.

Mon observation du point de départ se focalisait sur les représentations que se font les commerçants du politique, et leur rapport avec les acteurs politiques. Et dès mon deuxième jour d’observation, j’ai constaté qu’il existe une réelle tension entre les commerçants et la Mairie. Cette situation donne à penser qu’il y a un enjeu politique qui se cache derrière la distance apparente des commerçants vis-à- vis du politique.

De ce fait, j’ai aperçu très rapidement que mon terrain est plus complexe que je ne le pensais. La tension entre les commerçants et le Maire, la scission du PS peut être plus forte à Saint-Ouen qu’ailleurs. Je me suis donc retrouvée donc sur un terrain politique particulièrement brouillé, éclaté et morcelé. Une campagne électorale extraordinaire, et c’est dans ce cadre là que j’ai entamé mon travail d’enquête.

J’ai commencé mon terrain sans pouvoir me débarrasser de quelques craintes. D’abord, c’est parce qu’il s’agit de ma première enquête ethnographique, bien que j’aie pu réaliser auparavant plusieurs travaux d’investigations publiées dans la presse arabophone marocaine. Heureusement que je me suis vite rendu compte que cette expérience m’a permise de me familiariser avec le terrain et ce ne peut être qu’enrichissant.

De surcroît, le souci d’être influencée par mes jugements et mes convictions personnelles était un obstacle majeur qui a failli m’empêcher de faire mon enquête sereinement. Il a fallu me rappeler tous les ateliers de formation en déontologie de l’information que j’avais animée, bénévolement, au profit des jeunes journalistes marocains. J’ai décidé donc de surmonter cette barrière psychologique en comptant, à la fois sur mon sens d’objectivité et mon engagement.

C’est à 08h15 que je suis arrivée le premier jour de mon observation au marché du Vieux Saint-Ouen. Un point moins fréquenté par rapport au marché Ottino. Ce jour là, les commerçants étaient en train de se préparer pour exposer chacun sa marchandise de toutes sortes. Les diffuseurs de tracts ne sont pas encore arrivés. Les clients non plus. C’est samedi, le  Veux Saint-Ouen semble encore endormi !

Des affiches des candidats du 1er tour de la présidentielle sont déjà collées sur un gros panneau d’affichages cylindrique. La candidate de La lutte Ouvrière Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon à côte de Benoît Hamon souriant avec son slogan dégageant de l’espoir: « Faire battre le cœur de la France ». De son côté, Frédéric Durand qui a été investi candidat de la circonscription par un collectif citoyen « Jouons Collectif », et qui va se présenter à la législative, était déjà sur les affiches bien que cette élection soit encore loin. Ce dernier était  pour la campagne en faveur de Mélenchon.

Ce marché compte une bonne vingtaine de commerçants : sédentaires et ambulants. Les sédentaires exposent leurs produits dans la halle alors que les ambulants se placent dans la rue. Devant le bâtiment du marché couvert, un commerçant de détail est en train de placer sa marchandise et parle au téléphone en plaisantant: « c’est les élections mon pote, le marché est envahi par les missionnaires qui viennent prêcher pour leur messie! ».

Les cinq portes du marché couvert donnent sur une vaste cour, également exploitée par des commerçants volants qui proposent toute sorte de marchandise (vêtements, chaussures, bazar, jouets, accessoires, etc.). A l’entrée de la halle, un jeune vendeur en train de placer du miel et des gâteaux traditionnels faits maison.

- Voulez-vous goûter ? dit-il.

- Ah merci, sauf que je ne suis pas là pour faire des courses mais plutôt pour enquêter sur l’expression politique dans les marchés publics. Je voudrais bien savoir votre avis à ce propos et si ça ne vous dérange pas.

Le jeune homme coupe un petit morceau de gâteau, me fait goûter et se met à parler sans aucune hésitation. Ce vendeur pense que le fait de limiter la démocratie aux bulletins de votes n’est pas une bonne chose. Le système électoral actuel ne marche pas et ce qui se passe sur la scène politique est décevant. Il confie également que la seule fois où il s’est rendu dans un bureau de vote, s’était pour l’élection européenne:

 J’ai voté pour le parti des pirates. Mais quand j’ai mis les pieds dans l’isoloir, je me suis senti minuscule et très mal à l’aise.  Je ne vais pas voter cette fois car ça ne sert à rien. C’est le même système qui gouverne quelque soit l’élu, même si je me sens cette fois si proche de Benoît Hamon.

Une cliente fidèle arrive pour acheter du miel, je me mis à l’écart du stand et j’observe. Les propos politiques disparaissent soudainement. Le jeune commence à servir la vieille dame et l’aide à mettre le produit dans son caddie course. Les cries des vendeurs se ruent dans l’espace. Chacun cherche à attirer des clients éventuels. J’ai fais le tour du marché en m’arrêtant de temps à autre à côté des stands. Au début, rien ne semble parler politique dans ce rapport commerçant/client.

C’est vers 10h30 que la politique commence à se manifester concrètement sur le marché. Les militants de France Insoumise, FDG et PC sont les premiers arrivés. Ils placent leurs stands à quelques mètres de la façade de la halle et se mettent à diffuser leurs tracts. Les engagés dans la campagne d’En Marche étaient les deuxièmes arrivés. Leur diffuseur de tracts est d’origine maghrébin semblait préparer aussi son chemin pour son éventuelle candidature à la législative. Il était accompagné d’un petit groupe de jeunes qui s’adressaient surtout à la population maghrébine.

Les membres du comité de B. Hamon sont les derniers arrivés sur les lieux. Munis de leurs paquets de tracts, ils se dirigent vers la table de la cafétéria située au coin du marché couvert. Après une brève réunion, ils se mettent eux aussi au milieu de la cour et diffusent les tracts sans enthousiasme. La campagne du PS paraît manquer de motivation par rapport aux autres. La situation au sein du PS, et notamment dans la section audonienne, pèse lourdement sur sa campagne.

La scène politique sur les marchés se métamorphose d’une campagne à l’autre. Les visages des diffuseurs de tracts changent. Le degré de l’engagement et de la motivation aussi. La scène du 1er tour de la présidentielle ne ressemble pas tellement à celle du 2nd tour ni à celle de la législative. Alors que je n’ai pu voir aucun militant de droite, de centre-droite ni de l’extrême-droite lors du tractage sur le marché pendant la présidentielle, la législative a pu ramener quelques uns sur scène. Des candidats indépendants tentaient, eux aussi, d’avoir une place dans le marché.

Nonobstant, certaines figures n’ont pas changé, notamment ceux et celles qui militent pour certaines composantes de la gauche. A titre d’exemple, les visiteurs du marché ont l’habitude de fréquenter un vieux militant communiste qui se met devant une des portes du marché couvert pour tracter depuis plusieurs années. Cet homme affirme qu’il est engagé dans le PC depuis 40 ans, et qu’il a pris cette décision après le déclenchement de la guerre d’Algérie. Répondre à mes questions ne l’empêchait pas de demander aux gens de voter pour J-L. Mélenchon « Ici c’est mon poste toute l’année et non seulement aujourd’hui.» dit-t-il.

Certains visiteurs des marchés semblent furieux de l’attitude des quelques diffuseurs de tracts qui parfois insistent inlassablement. Une militante de France Insoumise tend le tract à une jeune dame qui refuse de le prendre en s’éloignant sans cacher sa colère. Encore, un vieux monsieur qui refuse un tract de Macron et s’emporte : « voulez-vous que je vote pour ce banquier après tout ce qu’il a fait ? S’il se présente au final contre Le Pen je voterai blanc, ras-le-bol, vous comprenez ! ».

Petit à petit je m’approprier le terrain. Les visages me deviennent familiers et les lieux aussi. J’ai pu faire la connaissance d’autres militants de presque tous les partis et les dynamiques politiques actives sur le terrain. Des militants de la France Insoumise, d’En Marche,  du PS,  du PC et FDG. J’ai pu également fixer des rendez-vous avec certains pour faire des entretiens approfondis.

De l’autre part, les observations faites sur le marché Ottino étaient plus fructueuses que celles effectuées au marché du Vieux Saint-Ouen. Ottino est un marché comparativement gigantesque, très fréquenté par la population de la ville et du voisinage, et séduit plus les acteurs de différentes appartenances politiques. Une centaine de commerçants y exercent et ils se divisent aussi entre le marché de la halle et celui de la rue.

Une diffuseuse de tracts d’origine romaine et qui soutenait la candidature d’E. Macron, explique pourquoi elle a décidé de s’engager dans cette campagne. Elle affirme que c’est la première fois dans sa vie qu’elle fait l’expérience. Elle s’est engagée juste parce qu’elle n’est pas d’accord avec le programme de B. Hamon qu’elle trouve « très utopique ».

Les équipes de diffuseurs de tracts se composent, de manière générale, de plusieurs catégories d’âges issues de différentes origines. Femmes et hommes tractent, discutent avec les visiteurs du marché et prennent leurs contacts pour les inviter éventuellement aux meetings électoraux et aux ateliers de réflexion. Les réactions des gens vis-à-vis du tractage diffèrent. Parfois ils expriment clairement leur mécontentement de la politique, dans d’autres cas, ils répondent seulement « je ne voterai pas ». Des fois ils se content d’un sourire et refusent de prendre le tract, d’autres s’arrêtent pour écouter. En fait, les jeunes couples paraissent moins intéressés par ce qui se passe dans les lieux, et c’est très rare qu’ils réagissent positivement. A cet égard, la situation des militants semble des fois embarrassante, leur tâche nécessite beaucoup de patience et de lucidité.

Le marché Ottino était brouillé par la dispersion inédite du champ politique, et par un événement qui vient de s’éclater. C’était vers midi qu’un journaliste arrive avec sa caméra sur le marché de la rue. Deux commerçants lui ont barré la route et l’empêché de se mêler à la foule. Furieux de leur attitude, le jeune journaliste montre sa carte professionnelle. Le ton monte très vite après une discussion violente. Le journaliste arrive enfin à s’échapper et continue son chemin. J’ai demandé aux commerçants pourquoi ils voulaient empêcher le journaliste d’entrer au marché, ils m’ont expliqué qu’il y a un problème avec la Mairie qui veut enlever toute une partie des commerçants exposant leurs marchandises dans la rue. Leur situation est inconfortable, voilà pourquoi ils ne font pas confiance à certains médias.

Cet incident m’a poussé à chercher quelle est la nature du problème. Il va de soi que les commerçants ne cherchent pas en général à savoir la tendance politique de leurs clients, car tout ce qu’ils veulent est ce qu’on achète leur marchandise, comme si la politique ne les intéresse pas. Cet apparent désintérêt disparaît aussitôt dans un autre lieu et dans un autre temps.

J’ai appris que tous les commerçants, ambulants et sédentaires, vont se réunir à 15h devant le bâtiment du Marché couvert à la rue Ottino pour discuter du problème avec le Maire. J’arrive à l’heure. Une soixantaine de commerçants devant le marché alimentaire commence déjà à parler de la démarche à suivre. Des cries par ici et par là :

Je paye mes droits de place et maintenant ils veulent me l’enlever ! ; Il faut qu’on soit solidaire. Il faut signer la pétition et préparer une lettre au Maire demandant un rendez-vous urgent avec accusé de réception.

Les commerçants écoutaient attentivement les propositions de leur homologue entouré par la foule. Mourad est charismatique, il semple être respecté dans son milieu. Après une longue discussion, les commerçants décident de désigner trois personnes qui vont dialoguer avec le Maire « sinon, on bloquera le marché ! » dit un commerçant. J’ai pris le numéro de Mourad en vue de le contacter ultérieurement pour un entretien approfondi.

L’enjeu, le Maire de la ville cherche à récupérer les rues actuellement exploitée par les marchands volants. De ce fait, il affronte une réelle résistance de la part des commerçants qui semblent tous solidaires. La piétonnisation de la rue avait déjà été décidée par la Maire de gauche, Jacqueline Rouillon, qui gérait la commune entre 1999  et 2014. L’objectif de sa mesure était de réaménager tout le périmètre pour mieux gérer les camions des marchants qui bouchent les rue adjacentes une partie du parking sous-terrain du Garibaldien, mais le projet n’a pas été mené à bout.

Renseignement pris d’ancien Maire-adjoint responsable des marchés, la situation est bien plus complexe avec une multiplicité d’acteurs (la partie des commerçants volants est gérée par des concessionnaires ; le parking sous-terrain du Garibaldien est une copropriété, le premier niveau appartient à la ville et être en partie réservé au camion de commerçants, construction de nouvelles rampes d’accès, etc.).

J’ai souvent entendu dire que l’enquêteur est lui-même objet d’observation de ses enquêtés, et que ces derniers ont eux mêmes des questions à poser pour savoir à qui ils ont affaire. Même si j’étais bien préparée pour affronter ce genre de situation, je n’ai pas pu échapper tout de même à ce  sentiment de frustration. La méfiance de certains vis-à-vis de ma présence à côté d’eux, des questions qu’on me pose et repose plus d’une fois. Heureusement que cette frustration qu’on peut sentir disparaît devant des situations qui peuvent arracher un sourire.  Par exemple, quand j’entends les diffuseurs de tracts appeler à voter pour leurs candidats en même temps que les commerçants  essayent de séduire leurs clients pour acheter leur marchandise : « venez Madame, des chaussures pas chers » ; « Mélenchon, votez Mélenchon » ; « Macron, Macron Président !». Quelle cacophonie !

Le plus étonnant pour moi c’est de découvrir que le religieux et la gauche s’entendent à merveille à Saint-Ouen ! Au bout de la rue, un collecteur de don pour la construction d’une mosquée dans la ville se met juste à côté du stand de la France Insoumise. Gilet en jaune pour qu’il soit bien visible aux passants, tenant un récipient en métal rempli de pièces de monnaie qu’il ne cesse de secouer en répétant inlassablement: « Ya mouminine (croyants) Ya mouminate (croyantes), participez à la construction de la mosquée à  Saint Ouen». Je m’approche de lui et essaye d’entamer une discussion politique.

Ce retraité apparemment très pieux, est membre de l’association de la mosquée de Saint-Ouen. Il a affirmé avec fierté sa sympathie avec la gauche et particulièrement avec la France Insoumise :

J’ai voté Mélenchon bien sûr pour le 1er tour, et je compte voter pour Macron au 2nd, car c’est le moins pire pour moi. On n’est pas impliqué dans la politique en tant qu’association, mais chacun fait son choix.

Je le salue pour continuer mon chemin et il me propose d’aller interviewer aussi ceux qu’il a appelé  « les autres copains  là haut ».

 - Que voulez-vous dire par ces copains ? Je lui demande.

- Les camarades du Front de gauche, ils sont bien, va leurs parler!

- Mais normalement la religion et la gauche ne sont pas en bon termes, vous êtes un vrai musulman et en même temps sympathisant avec la gauche, comment ça ?

- Les gens ont dans la tête que la gauche est contre la religion, alors que ce n’est pas vrai, Madame. Dans le coran on partage tout, et la gauche, c’est pour partager, ce n’est pas comme la droite !

Je souris sans commenter ses propos et continue mon chemin. Le terrain ne cesse de m’apprendre des choses !

Lors de la campagne du 2nd tour de la présidentielle, les visages semblaient crispés. Un sentiment de peur régnait sur les lieux. La plupart des commerçants sont des immigrés naturalisés français. Un vendeur de vêtements sur la rue Gabriel Péri sort de son silence et s’adresse à un militant de la France Insoumise en contestant J.L Mélenchon :

 Pourquoi il n’a pas appelé à voter pour Macron à fin de barrer la route contre le FN. C’est une trahison, moi qui ai voté pour lui et voilà il m’a trahi !

Le 2nd tour de la campagne présidentielle change de couleurs, les sympathisants de Macron qui portaient au 1er tour des tees shirts roses, portent désormais d’autres en couleurs jaune, probablement pour qu’ils soient visibles pendant le tractage. Visages souriants et satisfaits, bien que la bataille n’soit pas encore achevée. Aussi, de nouvelles figures du PS apparaissent et remplacent leurs anciens camarades pour diffuser un appel de la section du parti PS afin de barrer la route à Marine Le Pen.

La peur de la montée du FN et la nécessité du vote utile ont poussé largement les électeurs à faire des choix à contre-cœurs parfois. Une bonne partie des militants de la France Insoumise, FDG et PC et qui tractaient sur les deux marchés ont voté pour E. Macron au 2nd tour. De même, d’autres militants qui soutenaient B. Hamon ont opté pour un vote utile en donnant leurs voix à J-L Mélenchon à la dernière minute au 1er tour.

La scène politique sur les deux marchés va être modifiée encore une fois pendant la législative. 21 candidatures dans la circonscription pour un seul siège à l’assemblé national ! De nouveaux enjeux, de nouveaux candidats, nouvelles motivations et ambitions. La droite et le centre-droit qui ont été absolument absents de la scène durant la présidentielle, paraissent sous forme d’une coalition entre les Républicains (LR) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI) partie du Maire. C’est l’adjointe au maire de Saint-Ouen-sur-Seine qui se présente, son suppléant est l’adjoint au maire d’Epinay-sur-Seine.

 En outre, les militants du Parti socialiste de la section semblent plus motivés cette fois-ci. Le candidat Yannick Trigance et son suppléant Karim Bouamrane font leur campagne sur place. Voici une jeune maman qui les rejoint avec son nourrisson. Elle installe la poussette juste à côté de l’affiche des deux candidats mise sur un support verticale et commence à tracter à son tour.

La France insoumise, FDG et PC ne semblent pas en bon termes pendant la législative. La cuisine interne regagne le devant de la scène. Deux candidats de la même famille politique. D’une part, Frédéric Durand, élu de l’opposition à la Mairie de Saint-Ouen qui représente une dynamique de la société civile. Ce dernier est soutenu par des militants du FDG et PC, des intellectuels et des acteurs associatifs de la ville. De l’autre, son frère rival Eric Coquerel qui vient de Paris pour se présenter à Saint-Ouen au nom de la France Insoumise. L’arrivée de Coquerel sur les lieux est largement contestée et considérée comme « parachutage ».

Alors que le candidat Coquerel était en train de tracter au marché Ottino, un monsieur s’approche de lui et conteste sa candidature :

Vous êtes parachuté, Monsieur, et personne ne vous connaît ici. Vous devez vous présenter à Paris, n’est-ce pas ? Ici, c’est à nous de choisir notre candidat.

La tension monte et le monsieur quitte les lieux.

Les discussions, les discours politiques et les tractages se font généralement sur les marchés de la rue.  Rares sont les occasions où on peut voir un militant tracter au sein de la halle, notamment celui du marché Ottino. Ce lieu est très fréquenté par une très nombreuse clientèle, et les commerçants refusent de voir les militants tracter devant leurs stands. Par contre, les règles du jeu au marché du Vieux Saint-Ouen, semblent plus souples, et les candidats peuvent faire le tour au sein du marché, tracter et même essayer de convaincre les commerçants.

Analyse des matériaux et synthèse :

L’observation du terrain a été accompagnée d’entretiens effectués avec des commerçants, des visiteurs de marché, des militants des partis, des intellectuels de la ville. L’objectif étant d’approfondir l’enquête sur les éléments observés. Ces entretiens ont abordé plusieurs points, tels que les représentations que se font les commerçants de la politique, le problème avec la Mairie, les rapports entre les commerçants et les militants tractant dans le marché, l’importance du marché pour les acteurs politique, et aussi le marché comme objet enjeu de l’aménagement urbain, etc.

L’incident survenu entre les commerçants du marché Ottino et le Maire de la commune a tout de suite retenu mon attention. Il a fallu attendre trois semaines pour que je puisse réaliser un entretien avec Mourad. Le rendez-vous a été reporté plusieurs fois. Un jour, je le rencontre par hasard chez un épicier turc dans la rue Gabriel Péri. Je l’ai entendu parler maghrébin, ce qui va me facilité la tâche. Nous nous sommes donné rendez-vous pour nous voir enfin dans un café à Garibaldi. Un lien de confiance et très vite tissé.

Cet homme d’origine tunisienne exerçait auparavant le mandat de syndicaliste des commerçants au sein du « Syndicat des marchés de France », mais continue toujours à encadrer, bénévolement, les commerçants pour défendre leurs intérêts.

Les éléments ressortis de mes entretiens démontrent que beaucoup de gens qui ont voté pour le Maire actuel, l’ont fait en vue de changer et de faire bouger les choses dans la ville. Les commerçants, de leur part, ont majoritairement voté pour lui car ce dernier était très proche de la population et de ses soucis.

De surcroît, l’élection municipale semble importante pour les commerçants puisqu’elle touche directement leurs intérêts. Le Maire a un pouvoir considérable dans la commune, et plus particulièrement en ce qui concerne les commerçants volants. C’est lui qui donne le droit d’attribuer des places en conformité avec le code du commerce et le code des collectivités territoriales. C’est lui  aussi qui décide tout ce qui concerne la piétonnisation des rues.

Le code de commerce a réglementé de manière précise les marchés mais souvent il n’est pas respecté. Et c’est le cas du marché Ottino. L’ex-syndicaliste des commerçants affirme que c’est le Maire actuel qui ne respecte pas la loi et les droits des gens. En France, quand un commerçant est non-sédentaire, il a des droits et des obligations, l’enregistre de commerce à titre d’exemple. Le commerçant doit avoir une autorisation de déballage, comme il a aussi des droits que le Maire ne peut pas lui retirer, en l’excluant ou le déplaçant arbitrairement par exemple :

Le problème particulier dans ce marché, c’est que les gens se trouvent du jour au lendemain virés sans même avoir le droit de se défendre. C’est le résultat de la manière dont on gère les communes, et il n’y pas que les Maires. Ces derniers passent la gestion du marché à un délégataire. C’est une société qui gère les marchés à Saint-Ouen. Une entreprise privée et sa priorité, est de se faire de l’argent. Il y a des délégataires qui sont respectueux des droits, et d’autres qui sont corrompus qui demandent à travers leur placier des pourboires. Donc le droit n’est pas spécialement respecté. Les vrais Maires, ce sont ceux qui dirigent directement. Les Maires qui ne sont pas sérieux cherchent à se couvrir derrière une société, parce qu’ils savent comment ça marche, donc ils cherchent des délégataires privés. Il y a des élus à la commune qui sont favorables pour les intérêts des commerçants, mais ils ne sont pas influents, parce que la démocratie est assez limitée. En plus, ces élus ne défendent que les gens qui habitent Saint-Ouen, et ce pour avoir des voix. Souvent les commerçants n’habitent pas ici, et personne ne les aide. Plusieurs commerçants ont voté pour le Maire actuel car il leur a fait des promesses qu’il n’a pas l’aire de tenir.

La mobilisation des commerçants a poussé la Mairie en fin de compte à faire marche arrière. Le problème est provisoirement réglé jusqu’à nouvel ordre, même si la situation risque de se dégrader à n’importe quel moment puisque rien n’est acquis. Le problème du marché Ottino peut donner juste une image réduite de ce qui se passe dans les marchés d’autres communes.

Les commerçants ne s’affichent pas politiquement en général. Leurs objectifs, ce n’est pas de faire de la politique, mais plutôt de se faire des clients qui peuvent être de droite, comme de gauche ou extrême-droite. Néanmoins, la politique est présente, même si on ne le veut pas le reconnaitre, et le désengagement des commerçants n’est qu’une facette qui cache une autre réalité.

Les candidats viennent souvent voir les commerçants pour parler avec eux. C’est ce que me confient un nombre de commerçants et acteurs politiques. Ces derniers recrutent même des commerçants dans leurs équipes de campagnes pour véhiculer une image. Une tactique largement utilisée par les politiciens. Ce que cherchent, les politiques c’est la population, et là où il y a une diversité. Le marché est un lieu de rencontre et de sociabilité, et la priorité pour un homme ou une femme politique, c’est de cibler son propre électorat. Le commerçant peut faciliter la tâche en parlant aux clients, notamment à ceux qu’il connaît bien. C’est au marché qu’on peut faire la campagne physiquement, et même si l’internet se développe, le marché restera toujours l’endroit qui attire les politiques pour s’y rendre et y avoir des relais et des réseaux. Et Mourad d’enchaîner :

La politique, c’est les relais et les réseaux, et quand on a un réseau de commerçants, ça ne peut que faire du bien. Parce que les commerçants parlent quand même avec leurs clients, et ça peut contribuer et créer une dynamique. Quand le client vient pour acheter son pain, sa baguette ou son Kilos de merguez, et quand on voit qu’un tel est sympa, ça peut avoir une discussion. Ça se pratique et c’est une bonne guerre. Donc, d’une façon générale, on peut entamer des discussions avec des gens qu’on connaît et on peut dire voilà, moi j’aime bien celui là ou l’autre. Le commerçant d’une manière général connait les habitudes du client et il sait grosso modo qui vote à droite et qui vote à gauche.

L’ancien syndicaliste des commerçants engagé dans la politique plus récemment affirme aussi «Je suis un sociale démocrate. Je n’étais pas engagée politiquement auparavant mais maintenant oui, je viens de rejoindre En Marche».

Les militants utilisent tous les moyens possibles pour toucher tout les publics. Les réseaux sociaux sur lesquels ils essayent d’être dynamiques, la rue, le porte à porte, les pieds d’immeuble, les sorties des centres commerciaux, mais le marché demeure malgré tout un point très privilégié. Les acteurs politiques s’y rendent pour être visibles, tisser des liens et convaincre les gens. C’est un point de retrouvailles et de repères. Un lieu de sociabilité qui reflète le quotidien des gens est la représentation de la société. C’est au marché qu’on trouve toutes les couleurs et toutes les origines. Amin, un jeune membre du PS, souligne :

 Dans une société occidentale comme la nôtre, le lien social est dur à créer, voilà pourquoi le marché est important pour les militants. On fait attention de bien cohabiter avec les commerçants, il faut garder une relation positive.

Au fil des années, les commerçants et certains militants qui habitent Saint-Ouen arrivent à  tisser des liens de confiance et de protection parfois: «On a des relations très pacifiques, on se fait même des blagues. Les commerçants savent aussi que ces points sont importants pour nous. On n’est pas concurrents car on n’a rien à diffuser que nos idées. On a des commerçants qui sont très sympathisants», témoigne une militante de gauche en ajoutant « un jour, alors que je tractais pour une manif, quelqu’un a essayé de m’attaquer et très vite un commerçant est venu me défendre ».

Ce lieu de sociabilité qui séduit les acteurs politiques, notamment les partis de gauche, risque de perdre son âme si la Mairie maintient sa volonté d’enlever les commerçants non-sédentaires de la rue. Un élu d’opposition à la Mairie assure à ce propos qu’il existe une réelle volonté politique d’enlever les marchés de la rue. L’objectif étant de dépopulariser l’expression politique sur ces lieux privilégiés pour les candidats de toutes couleurs, notamment les partis de gauche. Ce milieu largement fréquenté, demeure jusqu’à présent une vraie agora de rencontre et de discussion.

Les visiteurs des marchés sont la cible principale des candidats et des diffuseurs de tracts. Mais ces derniers ne semblent pas tous intéressés par les prêches politiques. Le dégoût et le désengagement augmentent, et ce qui peut expliquer la montée du taux de l’absentéisme. Quoique les diffuseurs de tracts paraissent frustrés parfois, quand on refuse de les écouter, de prendre leur tract, ces derniers continuent tout de même à faire leur travail même à contre-cœur. Aussi, les réactions des visiteurs de marchés ne sont pas pareilles. Il y a ceux qui ne veulent même pas regarder vers le diffuseur de tracts, d’autres hésitent, alors que d’autres s’arrêtent pour poser des questions. De ce fait, il existe toujours des personnes réceptives qui croient encore à l’importance des urnes pour changer leur réalité, et c’est avec cette catégorie là que les militants arrivent à entamer des discussions.

La communication politique sur les marchés s’est faite sous plusieurs formes. La discussion directe avec les gens, l’installation de stands, la distribution de tracts et des flyers qui résument les programmes des candidats, leurs ambitions, leurs visions pour la chose publique, ainsi que le collage des affiches sur les panneaux. Il est à souligner que les panneaux d’affichage connaissent une grande concurrence entre les candidats. Ils sont appropriés par le dernier qui passe plus tard dans la nuit pour coller ses fiches en recouvrant les autres!

Par ailleurs, l’analyse des flyers récoltés dévoile un réel investissement au niveau de la communication et du marketing politique. La qualité du papier, la maquette, la présentation et les couleurs utilisées sont choisis et montés par des professionnels du domaine. Sur ces documents, on peut voir une adresse du site web, compte Twitter et Facebook, une adresse e-mail ainsi qu’une adresse postale. Lors du 1er et 2nd  tour de la présidentielle, les tracts du PS, la France Insoumise, En Marche, La lutte Ouvrière ont été largement diffusés sur les deux marchés. La droite et le centre-droite étaient absents de la scène. Elle ne s’y manifeste, plus timidement, qu’à la campagne législative.

La brochure d’En Marche est divisé en 33 pages. Une photo de couverture d’E. Macron, le regard tourné vers le ciel. Au-dessus de la couverture paraît le slogan de la campagne « Emmanuel Macron Président ». En ce qui concerne les couleurs choisies pour les pages du programme, on trouve de tout : Bleu, rose, jaune, blanc, vert…etc.

De même pour le programme de B. Hamon qui se divise en 40 pages. Une photo du candidat souriant sur la couverture ainsi que son slogan inspirant de l’espoir « Faire battre le cœur de la France ». Il contient aussi le mot adressé aux électeurs et des photos en diverses situations : Tantôt avec les ouvriers, tantôt en train de saluer les gens dans la foule, etc.

Quant aux tracts et les flyers des autres composantes de la gauche, ils sont restés fidèles à la couleur  rouge qui distingue la gauche des autres courants politiques, bien que d’autres couleurs y soient associées. Opter pour la couleur rouge ne signifie pas que les candidats de la gauche regardent tous dans la même direction, puisque les ambitions et les visions de la politique demeurent divergentes.

On peut deviner par le biais des tracts ce qui se passe en interne des partis et des mouvements. Des candidats qui ne sont pas de la ville se présentent, comme c’est le cas pour En Marche. Pas de chance alors pour le présumé candidat qui tractait lors de la présidentielle. De même pour le Front National. Mais le cas le plus contesté est celui du candidat de la France Insoumise qui vient de Paris pour se présenter à Saint-Ouen. A l’aune de son tract s’affiche clairement le soutien de J-L. Mélenchon à cette candidature : « Eric Coquerel et Manon Monmirel candidats de France Insoumise soutenus par Jean-Luc Mélenchon».

L’arrivé d’Eric Coquerel à la circonscription a suscité également le débat entre les internautes audoniens. « Le parachuté », « le descendu du ciel pour nous aider » tel sont les critiques qui lui on été adressés. Dans, un article diffusé sur le site web « Soignetagauche.fr », l’anthropologue et sociologue Ingolf Denier proteste manifestement contre la candidature de Coquerel. Il affirme que « le parachutage » de Coquerel est une mauvaise manière qui pourrait faire le lit de la Droite.

Diener décrit le processus du choix du candidat de la gauche de la gauche à la législative à la 1er circonscription de Seine-Saint-Denis. Il souligne que l’accès des élus de l’opposition aux documents de la ville, et la connaissance du terrain, côté associations citoyennes, ont fait que les gens ont appris à se côtoyer, se retrouver, s’informer, réfléchir ensemble et s’appuyer mutuellement. A l’approche de l’année électorale nationale 2017, ce sont des électeurs de gauche, qui ont pris une double initiative, menée de paire : d’un côté élaborer un cahier de charges du député auquel le candidat souscrira ; et de l’autre se mettre d’accord sur la personne de celui ou celle qui sera leur candidat.e dans la circonscription et qu’ils s’engagent à soutenir. Au bout de ce processus, le consensus c’est fait autour de Frédéric Durand.

 Que ce soit précisément quelqu’un se réclamant de J-L. Mélenchon qui veut maintenant s’inviter chez nous, comme candidat de la gauche, en fin de parcours, nous semble incongru. Et brutalement anti-démocratique (…) Monsieur Eric Coquerel, puisque vous considérez circonscriptions et candidat.e.s comme interchangeables, parachutez-vous ailleurs. Avec un peu de chance, vous trouverez des plus dociles que nous. Bon vent ![4] Conclut l’auteur.

Conclusion :

L’enquête réalisée révèle différents enjeux liés au champ politique sur les marchés audoniens. La restitution des observations et des documents collectés, clarifie les aspects inaperçus de ce qui se passe au-delà de la scène. La dimension politique est donc très bien perceptible et se matérialise à travers et au-delà des apparences.

 Ainsi, les conclusions ressorties de ce travail se déclinent comme suit :

  • Les commerçants évitent généralement de s’afficher politiquement face à leur clientèle par crainte de la perdre. Il est dans leur intérêt d’avoir une clientèle aussi large que possible. C’est pourquoi les commerçants ne cherchent la plus part du temps pas à connaître la tendance politique de leurs clients et vice-versa. Ils appliquent la devise Non Olet à la lettre,  dans notre contexte du marché « vendre la saucisse aux fascistes au tant qu’aux communistes ». Les clients payent avec l’argent, et l’argent n’a pas d’odeur. Néanmoins, Il peut arriver que le commerçant exprime son opinion politique sans retenu  au tel le cas de « ce marchant volants » qui peste contre la position de J-L. Mélenchon après le 1er tour de la présidentielle.
  • Les commerçants sont davantage impliqués dans la politique locale. Ils se sentent particulièrement concernés par l’élection municipale. Ils se mobilisent et votent pour le candidat qu’ils estiment capable d’améliorer leur situation et garantir leurs droits économiques. De ce fait, les commerçants tentent de mettre en place des canaux pour protéger leurs intérêts. Le vote en fait partie. Ceci dit, ils sont conscients de l’importance du pouvoir et du renouvellement régulier du personnel politique. De même, ils accordent de l’importance aux conflits d’intérêt. C’est pourquoi ils essayent d’avoir un maximum d’influence au sein de la Mairie. Plusieurs commerçants ont attesté qu’ils ont voté pour le Maire actuel (droite), mais ce dernier n’a pas tenu ses promesses.
  • Même si les commerçants essayent de ne pas s’afficher politiquement et prendre part dans ce qui se passe sur la scène visiblement, les enjeux politiques s’expriment entre eux de manière plus au moins discrète. Les candidats qui ont besoin de relais et de réseautage les contactent directement. Les politiciens ciblent leur propre électorat et le commerçant peut leur faciliter la tâche en parlant à certains clients. C’est la raison pour laquelle ils recrutent souvent des commerçants dans leurs équipes.
  • Les marchés publics demeurent des lieux extrêmement importants pour les candidats et les militants, particulièrement ceux de la rue. Ce sont des lieux de rencontre et de sociabilité qui continuent à séduire les acteurs politiques. C’est aux marchés que se manifeste l’expression politique populaire. Les commerçants et les militants ont appris au fil des années à cohabiter. L’inquiétude de certains militants de gauche par rapport à la suppression des marchés de la rue est totalement justifiable de ce point de vue.
  • L’éclatement du champ politique était très visible sur le terrain étudié. La dispersion du PS, non seulement au niveau national mais aussi au sein de la section de la ville de Saint-Ouen, était manifeste. Le manque d’ardeur, les désaccords et les conflits ont profondément pesés sur le déroulement de la campagne du  1er tour. De plus, les votes des militants étaient aussi dispersés. Des militants qui tractaient pour B. Hamon ont voté Mélenchon. D’autres étaient visiblement enthousiastes en tractant pour E. Macron au 2nd tour.
  • Pour la première fois à Saint-Ouen et Saint-Denis, les électeurs de gauche prennent une initiative innovante sur deux niveaux : d’une part, ils élaborent un cahier de charges du député auquel le candidat souscrira ; d’autre part, ils font le consensus autour d’un candidat. Ce processus ramène un acteur associatif dans la ville qui est également élu d’opposition à la Mairie de Saint-Ouen. Mais cette initiative va être contrariée par la candidature d’un camarade-concurrent qui arrive de Paris. Bien qu’il soit soutenu par le leader de France Insoumise J-L. Mélenchon, celui-ci est considéré comme « parachuté » et « descendu du ciel ».

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